La résilience : et si cette injonction était en réalité un piège ?

Aujourd’hui, le mot « résilience » est partout. Face au burn-out, à l’éco-anxiété, aux crises économiques ou aux traumatismes, on nous encourage sans cesse à « rebondir », à méditer, à faire du yoga ou à adopter la pensée positive. Mais si cette quête constante de la résilience individuelle nous empêchait de voir le véritable problème ?

Comme le souligne la neuroscientifique Samah Karaki, aborder la santé mentale uniquement sous le prisme de l’individu peut s’avérer non seulement inefficace, mais profondément toxique.

Quand notre biologie nous trahit

Pour comprendre le problème, il faut regarder notre cerveau. Face à un danger imminent (comme un prédateur pour nos ancêtres), notre corps déclenche une réponse au stress : le cœur s’accélère, la respiration s’intensifie, et les fonctions non essentielles (comme la digestion) sont mises en pause. L’objectif est simple : survivre.

Le problème, c’est que notre cerveau ne fait pas la différence entre un danger physique immédiat et un stress psychologique moderne, comme la pression au travail, l’incertitude financière ou l’exclusion sociale.

Lorsque ces stress durent des mois, voire des années, notre corps s’épuise. C’est là qu’intervient l’industrie florissante du développement personnel.

L’illusion de la « meilleure version de soi-même »

Coaching, retraites spirituelles, ateliers pour « apprendre à dire non »… Ces outils peuvent certes soulager temporairement, mais ils cachent un effet pernicieux : ils individualisent des problèmes qui sont avant tout sociétaux et structurels.

  • Le piège de la culpabilité : En croyant que notre bien-être ne dépend que de nos pratiques individuelles (méditation, sport, sommeil), nous finissons par nous sentir responsables de notre propre mal-être.

  • Le pansement sur la jambe de bois : Soigner un burn-out causé par un environnement de travail toxique avec de simples exercices de respiration, c’est comme donner un antidouleur à une personne qui a la jambe cassée pour qu’elle continue de marcher. Cela masque la douleur sans guérir la fracture.

Aucune séance de yoga ne réparera un management abusif, et aucune « connexion à son enfant intérieur » ne compensera un tissu social détruit ou des inégalités économiques profondes.

La véritable guérison est collective

Il est temps de cesser de blâmer l’individu pour les maux de la société. Nos cerveaux sont façonnés par l’environnement dans lequel nous évoluons. Si la société va mal, il est non seulement normal, mais parfaitement sain, d’aller mal. La colère, la tristesse ou l’anxiété face à un monde abîmé ne sont pas des signes de faiblesse ou des « névroses » à soigner à tout prix. Ce sont des réactions légitimes.

Au lieu de nous isoler dans une quête sans fin d’optimisation personnelle, la science nous montre une voie bien plus efficace : la solidarité. La simple présence de nos proches et le soutien communautaire sont de puissants boucliers contre le stress.

En conclusion

Oui, prenons soin de nous. Reposons-nous, non pas pour devenir plus performants, mais simplement parce que nous en avons le droit. Mais n’oublions jamais que la plupart de nos épreuves ne sont pas des « leçons de vie » destinées à nous élever. Face aux défis systémiques, notre meilleure thérapie ne se trouve pas dans un repli sur soi, mais dans l’action et la reconstruction collectives.