Comment désamorcer la mécanique de la violence : Le pouvoir des mots et de la conscience
La violence, qu’elle soit physique, verbale ou psychologique, n’est souvent que la partie émergée de l’iceberg. Dans cette intervention éclairante, Thomas d’Ansembourg, psychothérapeute et spécialiste des relations humaines, nous invite à plonger à la racine de nos comportements agressifs pour mieux les comprendre et, surtout, les transformer.
L’origine méconnue de la violence
En travaillant auprès de jeunes en difficulté (délinquance, drogue, violence de rue), Thomas d’Ansembourg a fait un constat frappant : la violence, qu’elle soit tournée vers les autres (agression) ou contre soi-même (dépression, autodestruction), découle principalement d’un manque de discernement et de vocabulaire.
Lorsque nous ne possédons pas les mots pour identifier et nommer ce qui se passe en nous, nous sommes démunis. Si je ne peux pas dire « je me sens triste », « déçu », « impuissant » ou « terrorisé », je perds la capacité de connecter ce ressenti à mes besoins fondamentaux (besoin d’appartenance, de reconnaissance, d’existence, etc.).
Le résultat de cette incompétence émotionnelle est mécanique : « Ça bouillonne, ça bouillonne, et puis ça pète ». C’est là que réside la véritable mécanique de la violence.
La violence n’est pas que physique
Il est crucial de comprendre que la violence ne se limite pas aux coups et blessures. Il existe une violence plus subtile, quotidienne, qui s’infiltre dans nos rapports :
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Le jugement et la critique.
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Le reproche.
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Le fait d’enfermer l’autre dans des « cases ».
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La violence envers soi-même, comme ne pas oser dire ce qu’on ressent ou dire « oui » quand on pense « non ».
L’exemple du quotidien : du reproche à l’expression de soi
Pour illustrer ce propos, le conférencier partage une expérience personnelle. Malgré une « bonne éducation » et des diplômes, il avoue s’être trouvé tout aussi démuni que les jeunes qu’il accompagnait pour exprimer son monde intérieur.
Il raconte comment, après une journée de travail épuisante de 10 heures, il rentrait chez lui incapable d’accueillir le besoin de partage de sa compagne. Au lieu d’exprimer sa fatigue, il réagissait par l’agression verbale : « Tu me pompes l’air, tu m’envahis ».
L’alternative consciente
Avec le discernement nécessaire, cette même situation aurait pu être désamorcée par une communication claire et responsabilisante. Voici comment il aurait pu transformer cette violence en lien :
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Décrire la situation : « J’ai passé 10 heures sur des dossiers difficiles. »
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Exprimer le sentiment : « Je suis épuisé, j’en ai ras-le-bol de la relation humaine pour l’instant. »
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Identifier le besoin : « J’ai besoin d’un sas de transition, de prendre une douche, d’écouter de la musique. »
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Formuler une demande : « Es-tu d’accord qu’on attende une heure avant de se parler ? »
Développer nos compétences de base
Sans ce travail de conscience, deux êtres qui s’aiment peuvent gâcher leurs moments ensemble simplement par manque d’outils. Pour sortir de la mécanique de la violence, Thomas d’Ansembourg nous encourage à travailler deux compétences essentielles :
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S’écouter pour se comprendre (identifier sentiments et besoins).
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S’exprimer avec clarté tout en restant à l’écoute de l’autre.
C’est en mettant des mots sur nos maux intérieurs que nous évitons qu’ils ne se transforment en maux pour les autres.