La symphonie neuronale : Ce que la musique fait à notre cerveau
La musique est bien plus qu’un simple passe-temps ou un bruit de fond agréable. C’est un puissant stimulant capable de remodeler notre cerveau, de réveiller nos souvenirs et même de lutter contre les effets de maladies neurodégénératives. Dans une conférence fascinante, Hervé Platel, enseignant-chercheur à l’Université de Caen et pionnier de la neuroimagerie de la mémoire humaine, lève le voile sur les mystères de notre « cerveau musical ».
Voici les grandes découvertes qui prouvent que la musique est essentielle à notre équilibre cognitif.
La musique est-elle vraiment universelle ?
Si le philosophe Steven Pinker considérait l’art et la musique comme la « cerise sur le gâteau de l’évolution » (inutile à notre survie), force est de constater que la musique est présente dans absolument toutes les cultures humaines. Des berceuses chantées aux nouveau-nés jusqu’aux rassemblements sociaux, elle joue un rôle fondamental dans notre cohésion et la régulation de nos émotions.
Cependant, la perception de la musique n’est pas innée pour tout le monde. Environ 3 à 5 % de la population souffre d’amusie congénitale. Il s’agit d’une sorte de « dyslexie musicale » où le cerveau, en raison d’un câblage neurologique différent, est incapable de distinguer les hauteurs de notes ou les rythmes. Ces personnes entendent parfaitement et n’ont aucune lésion cérébrale, mais la musique ressemble pour elles à une cacophonie dépourvue de sens.
À l’inverse, pourquoi certains d’entre nous ressentent-ils le fameux « frisson musical » ? Tout se joue dans notre circuit de la récompense. Notre cerveau adore faire des prédictions. Lorsque nous écoutons une musique familière, notre cerveau anticipe l’arrivée d’un violon ou d’un refrain puissant. Lorsque cette prédiction se réalise, il libère une décharge de dopamine, l’hormone du plaisir !
Comment la pratique musicale sculpte notre cerveau
Oubliez le vieux mythe voulant que l’art soit réservé à « l’hémisphère droit » et la logique à « l’hémisphère gauche ». L’écoute et la pratique de la musique sollicitent un vaste réseau distribué dans tout notre encéphale. Mieux encore : la musique modifie l’architecture même de notre cerveau, un phénomène appelé neuroplasticité.
-
L’économie des experts : Les examens par électroencéphalogramme (EEG) révèlent que le cerveau d’un musicien professionnel consomme moins d’énergie que celui d’un amateur pour réaliser la même tâche musicale. L’expert fonctionne en mode « automatique », rendant son activité cérébrale plus ciblée et plus efficace.
-
Le pouvoir de l’imagination : Placer un pianiste dans une IRM et lui demander d’imaginer jouer son morceau (sans bouger les mains) suffit à activer les zones motrices de son cerveau ! L’entraînement mental est donc bel et bien une réalité physiologique.
-
Une mémoire musclée : Chez les musiciens, on observe une plus grande densité de neurones et une épaisseur corticale accrue au niveau de l’hippocampe, le centre névralgique de la mémoire. Pratiquer la musique oblige à jongler entre le passé (ce qu’on vient de jouer), le présent et le futur (l’anticipation de la partition), stimulant ainsi toutes les facettes de la mémoire.
Une fascinante étude suédoise menée sur de vrais jumeaux a même démontré que celui qui pratique la musique développe un cerveau structurellement différent de son jumeau inactif. Preuve que nos gènes ne décident pas de tout : nous avons le pouvoir de façonner notre propre cerveau.
La musique comme remède contre l’oubli
Les vertus de la musique prennent tout leur sens dans le domaine clinique, particulièrement face à la maladie d’Alzheimer. Hervé Platel explique une observation clinique bouleversante : même à un stade très avancé de la maladie, alors que le patient semble enfermé dans une profonde apathie, la mémoire musicale reste miraculeusement préservée.
Faire écouter un morceau lié à l’autobiographie d’un patient agit comme un électrochoc positif :
-
Les patients sortent de leur torpeur, ouvrent les yeux, sourient et se mettent parfois à chanter ou à danser.
-
La musique permet de diminuer considérablement l’anxiété et la dépression lors des premiers stades de la maladie.
-
Elle ravive la communication verbale et offre un formidable outil aux aidants (professionnels ou familiaux) pour recréer un lien social et un moment de complicité partagée.
En stimulant nos sens, nos émotions et notre motricité, la musique s’impose comme une fenêtre de connexion inestimable vers l’identité profonde des patients.
À LIIRE AUSSI :
