Héritage invisible : Comment les traumatismes de nos ancêtres sont écrits dans nos gènes

Nous savons tous que nous héritons de la couleur des yeux ou de la taille de nos parents. Mais est-il possible que nous héritions aussi de leurs peurs et de leurs traumatismes, non pas par l’éducation, mais par la biologie ? Un reportage fascinant de l’émission Découverte de Radio-Canada Info, intitulé « Quand les traumatismes se transmettent par les gènes », explore cette question cruciale à travers la science de l’épigénétique.

Pour visionner le reportage complet, suivez ce lien : https://youtu.be/MP5eGEIydEA

Ou à retrouver juste ici :

L’Épigénétique : Les « Signets » de notre ADN

L’épigénétique est une discipline qui étudie comment l’environnement et les expériences de vie modifient l’expression de nos gènes sans changer la séquence d’ADN elle-même. La vidéo utilise une analogie puissante pour expliquer ce concept : imaginez que notre ADN est un livre d’instructions complet. L’épigénétique agit comme des marques chimiques (comme la méthylation) qui fonctionnent comme des « signets », indiquant aux cellules quelles sections du livre elles doivent lire ou ignorer.

Contrairement aux mutations génétiques, qui prennent des générations pour se propager, les marqueurs épigénétiques peuvent apparaître et disparaître rapidement tout au long de notre vie. C’est un mécanisme d’adaptation qui permet à notre corps de réagir rapidement à l’environnement, au stress ou à la disponibilité de nourriture.

La preuve par la souris

Une expérience marquante menée par la chercheuse Bianca Jones Marlin illustre cette transmission de manière spectaculaire. Dans son laboratoire, des souris ont été entraînées à craindre une odeur spécifique (l’amande) en l’associant à de légers chocs électriques.

La découverte surprenante est venue de la génération suivante. Les descendants de ces souris, bien qu’ils n’aient jamais été exposés au choc ni à l’odeur d’amande auparavant, sont nés avec un cerveau modifié. Ils possédaient davantage de neurones olfactifs spécifiquement dédiés à la détection de cette odeur. Leur cerveau était biologique, « pré-adapté », pour repérer plus rapidement une odeur que leurs ancêtres avaient apprise comme étant un danger.

L’impact poignant sur l’humain

Le reportage montre que ce phénomène s’applique également à l’humain.

  • Le traumatisme de l’Holocauste : Le chercheur Moshe Szyf, en collaboration avec l’Université Bar-Ilan, a observé une prédisposition accrue au trouble de stress post-traumatique chez les enfants de survivants de l’Holocauste. Bien que leurs parents aient souvent eu une enfance protégée avant la guerre, le traumatisme vécu a laissé une empreinte biologique transmissible.

  • Les pensionnats autochtones : La chercheuse Amy Bombay examine l’influence de l’environnement social sur ces effets épigénétiques. Elle s’intéresse particulièrement aux impacts intergénérationnels du traumatisme systémique vécu par les communautés autochtones dans les pensionnats. Ses travaux soulignent que l’environnement joue un rôle déterminant dans l’activation de ces marques épigénétiques.

Un message d’espoir et de résilience

Heureusement, la conclusion du reportage est porteuse d’un immense espoir. Cet héritage traumatique n’est pas une fatalité.

« Nos gènes ne sont pas notre destin, et ils peuvent être activés ou désactivés par l’environnement », affirme Amy Bombay. Si nous sommes capables de transmettre des prédispositions négatives, nous sommes également capables de favoriser la guérison. Remplacer des milieux traumatiques par des milieux sains peut promouvoir l’expression de gènes protecteurs qui atténuent les impacts négatifs.

Comprendre cette science aide les communautés et les individus à diminuer le sentiment de honte et de culpabilité, en réalisant que certains de leurs défis sont des réponses biologiques à une histoire complexe. La résilience, elle aussi, se transmet. Comme le souligne la conclusion, la façon dont nous nous traitons les uns les autres a le pouvoir de changer non seulement une interaction, mais aussi des générations et des sociétés.