Comprendre et Guérir le Traumatisme (le corps n’oublie rien)

Pendant longtemps, la psychiatrie et la psychanalyse traditionnelles ont tenté de soigner les traumatismes par la seule force de la parole et de la compréhension intellectuelle. Pourtant, les récentes avancées en neurosciences, portées par des experts mondiaux comme Bessel van der Kolk, bouleversent complètement notre approche : pour guérir d’un traumatisme, il ne suffit pas de comprendre, il faut rééduquer le corps.

Voici les leçons fondamentales à retenir de son fascinant dialogue avec le philosophe Fabrice Midal.

Qu’est-ce que le traumatisme, réellement ?

Contrairement aux idées reçues, le traumatisme ne se résume pas à l’événement dramatique en lui-même (un accident, une guerre, un abus). Le véritable enjeu du traumatisme est la façon dont cet événement modifie durablement le cerveau, le système nerveux et la perception de la réalité. On distingue d’ailleurs les traumatismes liés à un incident isolé de ceux liés au développement, c’est-à-dire les traumatismes complexes vécus pendant l’enfance dans un environnement d’insécurité.

Lorsqu’un individu est traumatisé, sa biologie reste « bloquée » dans le passé. Son cerveau, devenu hypersensible à la menace, réagit de manière automatique à des stimuli inoffensifs du présent (une couleur, un son, une attitude) comme s’il s’agissait du danger passé.

Les limites de la thérapie par la parole

L’une des plus grandes révélations de Bessel van der Kolk est de souligner l’inefficacité des thérapies purement verbales pour soigner les traumatismes profonds. Comprendre intellectuellement pourquoi l’on réagit d’une certaine manière ou parler de ses souvenirs douloureux ne suffit pas à modifier les circuits neuronaux.

La rationalité n’a pas le contrôle sur les réactions de survie automatiques de notre « cerveau animal ». Pour changer véritablement, il est indispensable de créer de nouvelles habitudes perceptives, ce qui passe par le mouvement, l’action et des expériences physiques nouvelles.

L’anesthésie émotionnelle et le besoin de se sentir vivant

Face à une douleur insupportable, le cerveau met en place un mécanisme de défense radical : il « débranche » les sensations corporelles. Les personnes traumatisées se coupent souvent de leurs émotions pour ne plus souffrir. Le drame de cette anesthésie sensorielle est qu’en bloquant la douleur, on bloque également la capacité à ressentir la joie, le plaisir ou même l’amour pour ses proches.

Paradoxalement, ce vide intérieur pousse certaines victimes à chercher des situations extrêmes, dangereuses ou violentes, car ces décharges d’adrénaline sont devenues le seul moyen pour elles de se sentir « vivantes ».

La guérison par la synchronisation et le corps

Puisque le traumatisme dérègle le corps, c’est par le corps qu’il faut le réparer. Après des événements tragiques comme le 11 septembre, les survivants ont souvent trouvé plus de soulagement dans des pratiques non conventionnelles pour l’époque que dans la psychanalyse : les massages, l’acupuncture, le yoga, ou encore l’EMDR.

La clé absolue de la guérison réside dans ce que Bessel van der Kolk appelle la synchronisation. Le traumatisme isole et désynchronise l’individu des autres. À l’inverse, chanter en chœur, bouger ensemble, ou même danser le tango, permet au système nerveux de se réguler au contact de celui de l’autre. Faire l’expérience physique d’être vu, en sécurité et « en rythme » avec une autre personne est l’un des moyens les plus puissants de restaurer les fonctions vitales endommagées par le traumatisme.

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