Pourquoi sommes-nous de plus en plus déprimés ou anxieux ?

Johann Hari est un auteur et journaliste qui a personnellement lutté contre une anxiété et une dépression sévères pendant une grande partie de sa vie. Dès l’adolescence, il ressentait une immense douleur émotionnelle qu’il ne parvenait pas à contrôler. À l’époque, son médecin lui a expliqué qu’il souffrait d’un simple « déséquilibre chimique » dans le cerveau et lui a prescrit des antidépresseurs.

Cependant, après avoir pris les doses maximales autorisées pendant 13 ans sans trouver de soulagement durable, il a décidé de chercher des réponses par lui-même. Pour comprendre les véritables causes de cette épidémie de dépression qui frappe le monde occidental, il a parcouru le monde pour interviewer les plus grands experts du sujet. Ce qu’il a découvert bouleverse notre vision de la santé mentale.

Le mythe du simple « déséquilibre chimique »

Bien que la biologie et la génétique jouent un rôle et puissent nous rendre plus sensibles, la grande majorité des facteurs qui causent la dépression et l’anxiété ne sont pas purement biologiques, mais sont intimement liés à notre mode de vie.

Tout comme les êtres humains ont des besoins physiques vitaux (nourriture, eau, abri), nous avons également des besoins psychologiques naturels : le besoin d’appartenir à un groupe, de trouver un sens et un but à notre vie, et de nous sentir utiles et valorisés. Or, notre société moderne est de moins en moins capable de répondre à ces besoins psychologiques profonds.

Les deux grands fléaux de notre époque

Dans ses recherches, Johann Hari met en lumière plusieurs causes majeures de la dépression, dont deux particulièrement frappantes :

  • La solitude extrême et la perte de la « tribu » : Nous sommes la société la plus solitaire de l’histoire de l’humanité. L’être humain a évolué pour coopérer et vivre en tribu pour survivre dans la savane, tout comme les abeilles ont évolué pour vivre dans une ruche. Aujourd’hui, nous sommes les premiers humains à avoir dissous nos tribus, ce qui nous plonge dans un profond mal-être.

  • L’invasion des « valeurs poubelles » : Tout comme la malbouffe a rendu nos corps malades, notre société nous gave de valeurs superficielles qui rendent nos esprits malades. Nous sommes conditionnés par la publicité et les réseaux sociaux à croire que le bonheur s’achète, se montre et se mesure en « likes » ou en argent. C’est ce que l’auteur appelle un « KFC pour l’âme ».

Vers des solutions plus profondes

Puisque le problème dépasse notre seule biologie, les solutions doivent également être plus profondes.

Johann Hari illustre cela par l’histoire de médecins cambodgiens. Face à un fermier tombé dans une grave dépression après avoir perdu sa jambe sur une mine et être retourné travailler dans l’eau des rizières avec une prothèse douloureuse, ils ne lui ont pas donné de pilules. Ils ont compris sa douleur, lui ont acheté une vache pour qu’il devienne producteur laitier, et sa dépression a disparu. Ils avaient guéri la source de son mal.

Ailleurs dans le monde, des « prescriptions sociales » voient le jour. À Londres, par exemple, on prescrit à des patients isolés et anxieux de se réunir deux fois par semaine pour transformer un terrain vague en jardin communautaire. En recréant du lien, de l’entraide et un objectif commun, la dépression recule. Comme le résume Hari : la solution n’est pas d’être simplement « soi-même », mais de retrouver le « nous » et de faire partie d’un groupe.

La dépression est un signal

L’erreur fondamentale de notre culture est de considérer la douleur psychologique comme un dysfonctionnement, un « bug » du cerveau.

En réalité, la dépression n’est pas un dysfonctionnement, c’est un signal. Elle est un message de notre corps et de notre esprit nous indiquant que nos besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Ce n’est qu’en écoutant, en honorant et en respectant ce signal, plutôt qu’en l’insultant, que nous pourrons enfin commencer à construire de véritables solutions pour en guérir.

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