Pourquoi la gentillesse est le pouvoir dont notre monde a besoin
« Trop bon, trop con. » Nous avons tous déjà entendu, ou même prononcé, cette phrase. Dans notre société ultra-compétitive, la gentillesse traîne une mauvaise réputation. On l’associe volontiers à la naïveté, à la faiblesse ou à une certaine mièvrerie. Pourtant, et si nous avions tout faux ?
Dans sa fascinante intervention au TEDxParisSalon, le philosophe Emmanuel Jaffelin a décidé de réhabiliter cette vertu oubliée. Loin d’être une tare, la gentillesse serait en réalité une force redoutable, un véritable atout pour notre époque. Décryptage d’une philosophie qui fait du bien.
Un fabuleux voyage dans le temps
Pour comprendre notre rapport ambigu à la gentillesse, il faut remonter le temps. Emmanuel Jaffelin nous apprend que la gentillesse possède trois racines historiques étonnantes :
-
À Rome, le gentilis désignait le noble, celui issu d’une bonne famille.
-
Aux débuts du christianisme, les « Gentils » étaient ceux qui n’étaient pas encore convertis. Ils n’étaient pas mauvais, mais simplement dans une autre croyance, prêts à être accueillis.
-
Au Moyen-Âge, c’est le « gentilhomme » qui émerge : un aristocrate qui protège les plus faibles par honneur et charité.
Pendant des siècles, être « gentil » était donc synonyme de noblesse d’âme et de rang. C’est avec la chute de l’aristocratie (et quelques têtes coupées à la Révolution française) que la gentillesse a perdu de sa superbe pour devenir, à tort, un symbole de soumission.
La gentillesse : une morale « impressionniste » et sans culpabilité
Aujourd’hui, comment définir la gentillesse ? Pour Jaffelin, c’est très simple : c’est rendre service à quelqu’un qui nous le demande.
Le philosophe l’oppose aux grandes morales « impressionnantes » (comme celles dictées par les religions ou les anciens philosophes) qui nous disent exactement ce que nous devons faire de notre naissance à notre mort, générant souvent une lourde culpabilité quand on échoue.
La gentillesse, elle, est une morale « impressionniste ». Elle procède par petites touches. Surtout, c’est une morale du pouvoir, et non du devoir : on est gentil quand on le veut et quand on le peut. Vous n’avez pas envie de rendre un service ? Vous avez le droit de dire non, sans être une mauvaise personne pour autant.
L’intelligence de la douceur : ni de glace, ni de feu
Mais attention, être gentil requiert une véritable intelligence émotionnelle. Pour bien le comprendre, Jaffelin compare la gentillesse à d’autres formes d’empathie :
-
Le respect (l’empathie froide) : C’est laisser la place handicapée à quelqu’un qui en a besoin. C’est bien, c’est civique, mais on ne va pas l’aider à sortir son fauteuil.
-
La sollicitude (l’empathie brûlante) : C’est le syndrome d’Amélie Poulain. On veut faire le bonheur des gens… même s’ils n’ont rien demandé ! C’est souvent perçu comme intrusif.
-
La gentillesse (l’empathie chaude) : C’est le juste milieu. On intervient avec douceur, mais uniquement lorsque l’autre nous sollicite. C’est ce que Jaffelin appelle le Soft Power : la capacité d’ouvrir une porte avec fluidité plutôt que de la défoncer à coups d’épaule.
Soyez gentils, donnez l’exemple !
Dans un monde cynique où beaucoup se comportent comme des prédateurs en état de manque permanent, le gentil est celui qui donne. Et pour donner, il faut être dans un état de plénitude. La gentillesse n’est donc pas le propre des faibles, mais bien des personnes fortes, complètes et sereines.
En conclusion, oubliez le dicton de nos grands-mères affirmant que « le gentil n’a qu’un œil ». Selon Emmanuel Jaffelin, c’est le cynique qui est aveugle. Le gentil, lui, possède trois yeux : ses deux yeux pour observer le monde, et le troisième… celui du cœur.
À lire aussi:
