La questiologie : L’art et la science de poser les bonnes questions

Poser des questions est un acte quotidien, tant dans notre vie privée que professionnelle. Pourtant, nous passons à côté de l’immense majorité de leur potentiel. Selon Frédéric Falisse, créateur de la « questiologie », nous nous limitons systématiquement aux mêmes types d’interrogations, qui ne représentent que 15 % des possibilités existantes. Pourquoi ? Parce que nous cherchons avant tout à obtenir des informations qui confirment notre propre vision du monde, ou « carte du monde ».

L’Héritage de Socrate et la sagesse d’Einstein

Historiquement, le premier à avoir compris la nécessité de changer notre façon de questionner est Socrate. Il offrait ses questions comme des cadeaux pour inviter ses disciples à réfléchir sur leur propre façon de penser, ce qui est l’essence même de l’éducation.

Plus tard, Albert Einstein a illustré le pouvoir révolutionnaire de la bonne question. Il disait que s’il avait une heure pour résoudre un problème dont sa vie dépendait, il passerait les 55 premières minutes à chercher la meilleure question à se poser, et seulement 5 minutes pour trouver la réponse. En remettant en question les hypothèses fondamentales (comme la constance du temps et de l’espace), Einstein a bouleversé la physique moderne.

Qu’est-ce que la questiologie ?

La questiologie est l’art et la science de poser des questions. Elle repose sur une technique simple qui permet de se mettre à la place de son interlocuteur en variant deux axes principaux :

  • Les Postures : Lors d’une question, on invite l’autre à prendre une position spécifique :

    • L’acteur : celui qui fait l’action.

    • L’observateur : celui qui regarde la situation.

    • Le ressenti : celui qui exprime ses émotions.

    • La prise de recul : celui qui analyse la situation avec distance.

  • Les Gestes Mentaux : Tout comme on n’utilise pas les mêmes muscles pour frapper une balle de tennis ou tirer dans un ballon de football, analyser ou résumer une situation ne sollicite pas les mêmes connexions neuronales.

La questiologie en pratique : Le coaching d’un adolescent

Pour illustrer sa méthode, Frédéric Falisse prend l’exemple d’un adolescent qui travaille beaucoup mais perd tous ses moyens lors des examens.

Lui demander « Pourquoi bloques-tu ? » ne l’aiderait pas, car il est déjà dans une posture d’action (il travaille, il cherche des solutions) et la question le maintient dans cette impasse. Le coach utilise donc la questiologie :

  1. Changer de posture : Il lui demande ce qu’il ressent, l’amenant à exprimer sa « peur viscérale de rater ».

  2. Prendre du recul : Avec une astuce grammaticale simple (doubler le verbe), il demande : « De quoi as-tu peur quand tu as peur de rater ton contrôle ? ». L’adolescent réalise alors que l’enjeu profond est sa peur de ne pas pouvoir choisir son futur métier.

  3. Proposer de nouveaux gestes mentaux : En lui faisant faire des rapprochements (« rater un contrôle t’empêchera-t-il vraiment de choisir ton avenir ? »), le jeune réalise que son blocage n’est pas rationnel, ce qui débloque la situation.

Un enjeu pour le 21e Siècle

La bonne nouvelle est que la questiologie est très accessible. Il n’existe que 4 postures et une dizaine de gestes mentaux, mais leur combinaison permet de multiplier par 40 les possibilités de questions !

Aujourd’hui, face à des défis économiques, écologiques et démographiques sans précédent, nous ne devons pas chercher des réponses immédiates, mais plutôt apprendre à poser de nouvelles et meilleures questions. Que ce soit dans la sphère privée ou pour les leaders de demain, maîtriser la questiologie est la clé pour ouvrir de nouvelles perspectives et enrichir notre carte du monde.