Comment sortir des conflits (grâce à la CNV)
Dans nos relations, nous restons souvent bloqués au niveau des « façades » et des jeux de pouvoir. Thomas d’Ansembourg, spécialiste de la Communication NonViolente, nous invite à descendre plus profond, là où nos besoins universels se rejoignent.
« Passe-moi le beurre », « Qui va chercher la petite ? », « Quand sort-on les poubelles ? ». La majorité de nos échanges quotidiens sont fonctionnels. Nous sommes dans le « faire ». Tant que tout va bien, ce mode opératoire suffit. Mais à la moindre divergence, la machine s’enraye.
Nous cherchons alors à avoir raison, nous argumentons, et rapidement, la discussion « part en mayonnaise », alimentant une spirale de violence ordinaire.
Pourquoi ces blocages ? Selon Thomas d’Ansembourg, auteur et formateur en Communication NonViolente (CNV), c’est parce que nous communiquons depuis notre mental, coupés de notre ressenti émotionnel. Nous sommes piégés par quatre enfermements majeurs : nos jugements, nos croyances, notre pensée binaire (c’est tout bon ou tout mauvais) et nos injonctions (« il faut », « tu dois »).
Pour sortir de cette impasse et nourrir véritablement nos relations, il nous faut changer de niveau de lecture.
La métaphore des façades : le piège des apparences
Thomas d’Ansembourg utilise une image frappante pour illustrer nos interactions superficielles. Imaginons la surface de la planète. On y trouve des habitats très différents : ici une modeste tente berbère dans le désert, là-bas un imposant château fort sur une colline.
Ces constructions représentent nos « façades » sociales et psychologiques :
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Nos rôles : le parent face à l’enfant, l’employé modèle face au grand patron.
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Nos caractères : le timide introverti face à l’extraverti affirmatif.
Lorsque nous restons à ce niveau extérieur, nous entrons inévitablement dans des rapports de force. L’employé juge son patron « tyrannique », le patron trouve son employé « rebelle ». Le parent trouve l’enfant « difficile », l’enfant trouve le parent « abusif ». Nous sommes dans la critique, le reproche et l’accusation. Nous ne voyons que la façade de l’autre, et nous la jugeons.
La nappe phréatique : notre humanité partagée
Pourtant, si la vie est possible dans la tente berbère comme dans le château fort, c’est qu’il y a une ressource vitale accessible aux deux : l’eau.
Thomas d’Ansembourg poursuit la métaphore : sous la surface de nos apparences, il existe une « nappe phréatique » commune. Cette nappe est constituée de nos besoins fondamentaux universels.
Peu importe notre statut social, notre métier, que l’on soit balayeur ou star du showbiz, timide ou exubérant, nous sommes tous animés par les mêmes moteurs vitaux :
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Besoin d’appartenance et de lien.
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Besoin de reconnaissance.
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Besoin de comprendre et d’être compris.
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Besoin d’amour et de sens.
C’est à ce niveau de profondeur que nous sommes semblables. Le conflit survient en surface, mais la résolution se trouve dans la profondeur.
« La relation d’abord, le résultat ensuite »
Comment accéder à cette nappe phréatique pour désamorcer les conflits ? Le chemin passe par une connexion authentique, à soi et à l’autre.
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L’auto-empathie : C’est la première clé. Avant de réagir, il faut se tourner vers soi : « Qu’est-ce que j’observe ? Comment je me sens vraiment ? Quel est mon besoin profond et caché sous mon jugement ? »
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L’empathie pour l’autre : Tenter de rejoindre l’autre derrière sa façade. « Qu’est-ce qu’il vit ? De quoi a-t-il besoin derrière son agressivité ou son silence ? »
L’objectif n’est pas nécessairement d’être d’accord sur tout, mais de comprendre ce qui anime l’autre. Thomas d’Ansembourg insiste sur un changement de paradigme essentiel : « C’est la relation d’abord, le lien, vers le résultat ensuite. »
Notre véritable trésor n’est pas que la vaisselle soit faite, que les devoirs soient finis ou que tout soit en ordre à l’heure pile. Notre trésor, c’est la qualité du lien qui nous unit.
Si les tâches sont faites dans une ambiance de haine et de rancœur, nous avons échoué. Si, à l’inverse, il y a un peu de désordre, mais que la joie, la convivialité et le respect mutuel règnent, la qualité de vie est haute.
Sortir des conflits demande donc cet effort conscient : quitter le ring de boxe de nos « façades » mentales pour plonger ensemble vers la nappe phréatique de nos besoins partagés. C’est là que réside la clé pour mieux vivre nos relations avec nous-mêmes, avec les autres, et avec la vie.
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