Accueillir et réguler les émotions de nos enfants : Les clés d’Isabelle Filliozat
Les tempêtes émotionnelles de nos enfants nous laissent souvent démunis. Est-ce un caprice ? Une manipulation ? Ou une réelle souffrance ? Isabelle Filliozat, figure emblématique de la parentalité positive en France, nous aide à décrypter le langage du cœur et du corps pour mieux accompagner nos enfants vers l’intelligence émotionnelle.
1. Émotion véritable ou réaction parasite ?
Pour bien réagir, il faut d’abord savoir ce que l’on observe. Isabelle Filliozat distingue deux phénomènes :
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L’émotion pure : C’est une réaction physiologique universelle. Elle est déclenchée par un événement précis, monte en intensité, traverse le corps et s’apaise naturellement. Une véritable émotion dure rarement plus de quelques minutes. Elle est l’outil que notre corps utilise pour s’adapter à une situation donnée.
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La réaction parasite : C’est une émotion qui dure, qui tourne en boucle ou qui semble déconnectée de la réalité présente. Elle naît d’une interprétation mentale ou d’un souvenir douloureux. Si un enfant pleure pendant plus de dix minutes, il ne s’agit plus de l’émotion initiale, mais d’un mental qui alimente la souffrance.
L’essentiel : On accompagne une émotion en laissant le corps l’exprimer, tandis qu’on traite une réaction parasite en cherchant le besoin caché ou le souvenir qui refait surface.
2. Le cerveau de l’enfant : Un chantier permanent
Si les émotions des enfants nous paraissent « disproportionnées », c’est qu’il existe une réalité biologique : leur cerveau n’est pas terminé.
Le cortex préfrontal, responsable de la régulation des émotions et de la prise de recul, ne finit sa maturation qu’à l’âge adulte. L’enfant n’a donc pas « les fils » nécessaires pour calmer seul son amygdale (le centre de la peur et de la colère). Dire à un enfant de se calmer alors qu’il est en crise est biologiquement inutile ; il a besoin que le parent lui « prête » son propre cerveau calme pour s’apaiser par contagion.
3. La méthode « ADMIRER » pour une écoute empathique
Pour sortir des conflits, Isabelle Filliozat propose un outil mémotechnique puissant pour guider le parent dans sa réponse :
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A – S’Accorder : Avant de parler, mettez-vous au niveau de l’enfant. Adoptez une posture similaire, calquez votre respiration sur la sienne. Cette connexion physique active les neurones miroirs et crée un sentiment de sécurité.
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D – Décrire : Ne jugez pas, ne diagnostiquez pas. Décrivez simplement les faits physiques : « Je vois que tes mains tremblent », « Je vois une larme sur ta joue ».
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M – Mesurer : Demandez à l’enfant d’évaluer son problème de 0 à 10. Cela l’aide à activer sa pensée rationnelle et à sortir de l’envahissement émotionnel.
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I – Identifier / Investiguer : Posez des questions ouvertes : « De quoi as-tu besoin ? », « Qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ? ». Évitez le « Pourquoi ? », qui force l’enfant à inventer une justification logique qu’il n’a souvent pas.
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R – Reconnaître, Exprimer et Résoudre : Une fois le problème identifié, validez son sentiment, laissez-le bouger ou pleurer si besoin, puis cherchez ensemble une solution concrète.
4. Colère ou Stress : Le piège du supermarché
C’est l’un des points les plus éclairants : 99 % des crises dites de « colère » sont en réalité des décharges de stress.
| Aspect | La Colère | Le Stress (Décharge) |
| Origine | Une frustration, un sentiment d’injustice. | Fatigue, faim, trop de bruit, trop de lumière. |
| Manifestation | Dirigée vers une personne ou un objet. | Explosion désordonnée (se rouler par terre, hurler). |
| Réponse | Écouter le besoin et poser des limites. | Faire baisser la tension (câlin, eau, mouvement). |
Dans un supermarché, un enfant qui explose ne fait pas un caprice pour un jouet : son système nerveux est simplement saturé par les stimuli (bruit, lumières, monde). Le punir ne ferait qu’ajouter du stress à une situation déjà insupportable pour lui.
L’importance de la réparation
La perfection n’existe pas. Isabelle Filliozat rappelle que l’essentiel n’est pas d’être en connexion permanente avec son enfant, mais de savoir réparer la relation après un conflit. C’est dans ces moments de réconciliation que l’enfant apprend que le lien est plus fort que la tempête.
« L’émotion est le langage de la vie. Apprendre à l’écouter chez nos enfants, c’est aussi apprendre à l’écouter en nous-mêmes. »