Le pouvoir du « pas encore » : Comment l’état d’esprit transforme l’apprentissage

Avez-vous déjà envisagé l’échec non pas comme une fin en soi, mais comme une étape nécessaire vers l’apprentissage ? C’est le cœur du message de Carol Dweck, qui explore comment un simple changement de perspective peut révolutionner l’éducation et la réussite personnelle.

La philosophie du « pas encore »

L’histoire commence dans un lycée de Chicago qui a adopté une approche radicale pour les notes. Au lieu de recevoir un échec, les élèves qui ne valident pas une matière reçoivent la mention « Pas encore acquis ». Cette simple distinction change tout : elle ne définit pas l’élève comme étant « bon à rien », mais lui indique qu’il est sur une courbe d’apprentissage. Il n’a pas échoué ; il n’a simplement pas encore réussi.

Deux réactions face à la difficulté

Carol Dweck a mené une expérience révélatrice avec des enfants de 10 ans, en leur soumettant des problèmes légèrement trop difficiles pour eux. Les réactions ont mis en lumière deux états d’esprit distincts :

  • L’état d’esprit de développement (Growth Mindset) : Certains enfants ont adoré le défi, comprenant que leurs capacités pouvaient se développer. Ils ont vu l’obstacle comme une opportunité d’apprendre.

  • L’état d’esprit fixe (Fixed Mindset) : D’autres ont vécu l’expérience comme une tragédie. Pour eux, leur intelligence était jugée et ils avaient échoué. Au lieu d’apprendre, ils cherchaient à fuir la difficulté, certains admettant même qu’ils tricheraient la prochaine fois pour ne pas échouer de nouveau.

Ce que dit la science : Le cerveau face à l’erreur

Les scientifiques ont mesuré l’activité électrique du cerveau des élèves confrontés à une erreur, et les résultats sont frappants :

  • Chez les élèves à l’état d’esprit fixe, il n’y a presque pas d’activité cérébrale. Ils fuient l’erreur et ne la traitent pas.

  • Chez ceux à l’état d’esprit de développement, le cerveau s’illumine. Ils s’engagent profondément, traitent l’erreur et apprennent d’elle.

Comment éduquer pour le succès ?

Le problème actuel, selon Carol Dweck, est que nous élevons souvent des enfants obsédés par la validation immédiate (le « maintenant ») plutôt que par l’apprentissage (« le bientôt »). Les employeurs constatent même l’arrivée d’une génération de travailleurs incapables de passer une journée sans récompense.

La solution ? Changer notre façon de féliciter. Il ne faut pas louer l’intelligence ou le talent inné, car cela nuit à la résilience. Il faut louer le processus : l’effort, la stratégie, la concentration et la persévérance.

Lorsque les enfants comprennent que sortir de leur zone de confort crée de nouvelles connexions neuronales et les rend plus intelligents, ils deviennent plus persévérants.

Réduire les inégalités

L’impact de cette méthode dépasse la salle de classe ordinaire ; elle peut rétablir l’égalité. Des études ont montré des renversements spectaculaires de situation :

  • En un an, une classe de maternelle à Harlem (New York), composée d’enfants dont beaucoup ne savaient pas tenir un crayon, a atteint le 95ème centile au test national.

  • Des élèves d’une réserve amérindienne sont passés de derniers de leur district à premiers, surpassant même les enfants des quartiers aisés de Seattle.

À lire :