Le plus grand regret de votre vie ne sera probablement pas celui que vous croyez

Le plus grand regret de votre vie ne sera probablement pas une erreur que vous avez commise. Ce sera plus vraisemblablement quelque chose que vous n’avez jamais osé commencer.

Ce n’est pas une formule de calendrier inspirant. C’est ce qu’ont observé deux chercheurs en psychologie, Shai Davidai et Thomas Gilovich, en interrogeant des centaines de personnes sur ce qu’elles regrettaient vraiment. Et leur découverte a de quoi faire réfléchir, surtout si vous avez l’impression de remettre « à plus tard » quelque chose qui compte pour vous.

Deux versions de vous-même

Pour comprendre cette étude, il faut savoir que les psychologues distinguent plusieurs « soi » en chacun de nous. Il y a celui que nous pensons être aujourd’hui. Il y a celui que nous devrions être : la personne qui remplit ses devoirs, tient ses engagements, fait ce qu’on attend d’elle. Et il y a celui que nous aimerions être : la personne qui réalise ses rêves, ses aspirations, ce qui l’anime profondément.

Appelons-les le « moi du devoir » et le « moi idéal ». Les deux nous tirent vers l’avant. Mais ils ne laissent pas du tout les mêmes traces quand nous ne les suivons pas.

Ce que révèle l’étude

Au fil de six études publiées en 2018 dans la revue Emotion, Davidai et Gilovich ont demandé à leurs participants de lister leurs regrets, puis de les classer : relevaient-ils du devoir non accompli, ou de l’idéal non poursuivi ?

72 %

des regrets cités concernaient le moi idéal, contre 28 % pour le moi du devoir.

76 %

des participants ont désigné comme plus grand regret de leur vie un idéal qu’ils n’avaient pas poursuivi.

Les exemples qui reviennent sont souvent très simples : un rêve mis de côté, une personne qu’on n’a jamais osé aborder, un emploi sûr choisi près de chez soi plutôt qu’une aventure à l’étranger, un instrument qu’on voulait apprendre, un projet resté dans un tiroir.

Ce résultat prolonge des travaux plus anciens de Gilovich, menés dans les années 1990 : à court terme, nous regrettons surtout ce que nous avons fait. Mais avec les années, ce sont les choses que nous n’avons pas faites qui restent.

Pourquoi ces regrets-là s’accrochent

Les chercheurs avancent une explication éclairante. Quand nous manquons à un devoir, nous réagissons : nous nous excusons, nous réparons, nous trouvons un sens à ce qui s’est passé. Le regret est alors « classé ». Il pèse moins avec le temps.

Le moi idéal, lui, n’a pas de règles claires. « Être un bon parent », « vivre une vie qui me ressemble », « créer quelque chose » : on ne sait jamais vraiment quand c’est fait, et on peut toujours en faire plus. Faute de repères, on ne passe pas à l’action, et le regret reste ouvert, comme un onglet qu’on ne ferme jamais.

S’ajoute un frein bien connu : la peur du regard des autres. On n’ose pas chanter, écrire, changer de voie, de peur de paraître ridicule. Or les travaux de Gilovich sur ce qu’il appelle l’« effet projecteur » montrent que les autres remarquent bien moins nos maladresses que nous l’imaginons, et qu’ils sont en général plus indulgents que nous le pensons.

Ce que vous pouvez faire dès cette semaine

La bonne nouvelle, c’est qu’un regret de ce type n’est pas une fatalité. Il se prépare, jour après jour, dans les petites décisions de remettre à plus tard. Il peut donc aussi se désamorcer, petit pas après petit pas.

1. Faites l’exercice du banc. Imaginez-vous dans trente ans, assis sur un banc, en train de repenser à votre vie. Qu’est-ce qui vous rendrait fier ? Qu’est-ce qui vous laisserait un goût d’inachevé ? Notez la première chose qui vous vient, sans la juger.

2. Transformez l’idéal flou en direction claire. « Être plus créatif » ne se fait jamais. « Écrire vingt minutes le dimanche matin » se fait. Derrière chaque aspiration se cache une valeur : la créativité, l’aventure, la transmission, le lien. Nommer cette valeur, c’est se donner une boussole.

3. N’attendez pas l’inspiration. Gilovich le rappelle : l’envie vient souvent en faisant, rarement avant. Le premier pas peut être minuscule. Il doit simplement exister.

4. Faites la part des choses. Il ne s’agit pas de tout plaquer ni de négliger vos responsabilités. Les chercheurs eux-mêmes invitent à la nuance : chacun accorde un poids différent au devoir et à l’idéal. L’enjeu est simplement de ne pas laisser l’idéal disparaître entièrement de votre agenda.

Passer de l’intention aux petits pas

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Je trouve ma boussole

Le regret n’est pas un ennemi. Il nous indique ce qui compte. L’écouter tant qu’il est encore temps, c’est peut-être la meilleure façon de cultiver l’optimisme : non pas en se disant que tout ira bien, mais en faisant aujourd’hui un petit pas vers la personne que l’on veut devenir.

Ce kit est un outil de réflexion personnelle et ne remplace pas un accompagnement professionnel.

Sources

  • Davidai, S. et Gilovich, T. (2018). The ideal road not taken: The self-discrepancies involved in people’s most enduring regrets. Emotion, 18(3), 439-452.
  • Gilovich, T. et Medvec, V. H. (1995). The experience of regret: What, when, and why. Psychological Review, 102(2), 379-395.
  • Gilovich, T., Medvec, V. H. et Savitsky, K. (2000). The spotlight effect in social judgment. Journal of Personality and Social Psychology, 78(2), 211-222.
  • Higgins, E. T. (1987). Self-discrepancy: A theory relating self and affect. Psychological Review, 94(3), 319-340.